
Pendant longtemps, le modèle était simple : vous aviez un sujet, votre cabinet mobilisait des avocats, puis vous payiez le temps passé. L’IA commence à casser cette logique.
Morgan & Morgan vient d’annoncer 1 Md$ d’investissement dans la tech et l’IA sur dix ans, après avoir déjà dépensé environ 300 M$ pour développer sa propre plateforme, MX2. Le cabinet veut désormais la proposer à d’autres cabinets. De son côté, Latham & Watkins a acheté ses propres serveurs Nvidia pour faire tourner certains modèles en interne et réduire sa dépendance aux fournisseurs externes.
Le point intéressant n’est pas seulement que les cabinets utilisent de meilleurs outils. Ils commencent à transformer leur savoir-faire en produits réutilisables.
Un cabinet qui a déjà fait 500 due diligences ou revu 10 000 contrats sait énormément de choses. Avant, il fallait remobiliser des avocats pour réutiliser ce savoir. Aujourd’hui, une partie peut être intégrée dans des workflows : recherche, extraction, première analyse, préparation de documents, contrôles récurrents.
Et là, une question devient difficile à éviter : si une tâche qui prenait 20 heures en prend désormais 3, pourquoi continuer à acheter 20 heures ?
C’est là que le business model commence vraiment à bouger. Le taux horaire récompense le temps passé. L’IA récompense exactement l’inverse : faire le même travail plus vite.
Les directions juridiques le voient déjà venir. 71 % des juristes d’entreprise interrogés par Thomson Reuters s’attendent à ce que leurs cabinets changent leur façon de facturer avec l’IA. Pourtant, 62 % des professionnels de cabinets disent que leur pricing n’a encore pas changé.
La suite logique est probablement un mix : davantage de forfaits pour les travaux prévisibles, des abonnements pour les besoins récurrents, du paiement lié au résultat dans certains cas, et toujours du taux horaire pour les sujets vraiment imprévisibles. Les abonnements juridiques existent déjà, notamment sous forme de fractional General Counsel avec un prix mensuel fixe pour un ensemble de services récurrents.
Pour les directions juridiques, la discussion avec les cabinets peut donc changer assez vite. Demain, la première question ne sera peut-être plus : « Quel est votre taux ? »
Mais plutôt : « Quelle partie de ce travail avez-vous déjà automatisée ? Et pourquoi devrais-je encore la payer au temps passé ? »
Le taux horaire ne va pas disparaître. Mais si les cabinets commencent à vendre leur expertise sous forme de produits, la facture devra finir par ressembler davantage à la valeur achetée qu’au nombre d’heures consommées.
Cette publication reprend une analyse initialement partagée par Mirmi sur LinkedIn.
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