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Analyse Mirmi

Legal Engineer : apprendre à l’IA à faire le travail que vous détestez

Alex HAYEM

Pendant des années, les juristes et les avocats ont dû apprendre à utiliser des logiciels conçus par des personnes qui connaissaient mal leur métier.

Aujourd’hui, certains quittent les cabinets pour faire exactement l’inverse : apprendre aux logiciels à travailler comme des juristes.

Très actuel, Reuters vient de consacrer un article à l’essor des Legal Engineers. D’anciens avocats rejoignent Harvey , Legora , Norm Ai , Equall ou Ivo pour transformer des tâches juridiques répétitives en produits automatisés. Les recrutements s’y comptent désormais par dizaines.

⚙️ Un juriste entre le droit, le produit et l’IA

Le Legal Engineer n’est pas nécessairement développeur. C’est souvent un ancien avocat ou juriste capable de traduire un raisonnement juridique en règles compréhensibles par une machine.

Son rôle consiste à transformer des réflexes souvent implicites en workflows, critères de décision et garde-fous.

Une IA généraliste peut connaître le droit. Mais elle ne connaît pas spontanément les positions propres à votre organisation, ses exceptions, son appétence au risque ou ses circuits de validation.

Entre une démonstration spectaculaire et un outil réellement utilisable, il faut quelqu’un qui comprenne à la fois le droit, la technologie et le travail quotidien des juristes.

C’est ce vide que remplit le Legal Engineer.

🤖 Automatiser le travail qui les avait dégoûtés du métier

L’histoire est assez ironique. Des professionnels du droit quittent leur poste à cause des revues interminables, des vérifications répétitives et des tâches à faible valeur ajoutée… puis rejoignent des LegalTech pour apprendre à l’IA à les supprimer. Et cela fonctionne.

Toujours dans son article, Reuters cite notamment une ancienne collaboratrice de Cleary Gottlieb Steen & Hamilton LLP qui a participé, chez Norm AI, à l’automatisation d’analyses de contrats de crédit dans le cadre de procédures de faillite. Certains workflows permettraient ainsi de ramener des travaux de plusieurs dizaines d’heures à quelques minutes.

La meilleure façon de déléguer une tâche pénible ne sera peut-être bientôt plus de la transmettre à un junior. Ce sera de la transformer en logiciel.

⚠️ Mais cette évolution crée un risque évident

Les tâches répétitives sont pénibles, mais elles participent aussi à la formation.

Relire des contrats, rechercher des précédents et vérifier des documents permet aux jeunes juristes de comprendre les détails, les structures et les conséquences d’une décision. Si l’IA absorbe tout le travail d’entrée de gamme, comment les futurs seniors développeront-ils leur jugement ?

Le Legal Engineer ne devra donc pas seulement décider ce qui peut être automatisé.

Il devra aussi déterminer quel travail mérite réellement de disparaître et quel travail reste nécessaire pour apprendre le métier.

Plus que technique, le rôle devient alors profondément stratégique.

Toutes les directions juridiques auront besoin de cette compétence

Toutes les entreprises ne recruteront pas un Legal Engineer à temps plein.

Mais presque toutes devront développer cette capacité, qu’elle soit portée par un Legal Ops, un juriste technophile — coucou Arthur Debono —, une équipe innovation ou un fournisseur externe.

Le véritable enjeu ne sera pas de savoir rédiger le meilleur prompt.

Il sera de formaliser quoi automatiser, pour qui, et selon quelles règles.

On voit également émerger des startups qui agissent comme des « Legal Engineers as a Service », à l’image de Chamelio aux États-Unis ou de Mirmi AI en Europe. Leur rôle : rendre les outils réellement utilisables par les équipes et transformer les décisions juridiques déjà prises en capacité réutilisable par l’organisation, grâce à une compréhension précise du contexte dans lequel elles ont été acceptées ou refusées.

Dans ce modèle, le juriste n’est pas remplacé. Son raisonnement devient une infrastructure.

Les meilleurs Legal Engineers ne seront probablement ni les meilleurs codeurs ni les juristes qui connaissent le plus de textes par cœur. Ce seront ceux qui savent expliquer clairement comment une décision est prise, quelles variables peuvent la faire évoluer et à quel moment le jugement humain reste indispensable.

Pendant des années, on a demandé aux juristes de s’adapter aux logiciels. Le Legal Engineer est peut-être celui qui obligera enfin les logiciels à s’adapter aux juristes.

Et vous : quel travail juridique détestez-vous suffisamment pour vouloir apprendre à une IA à le faire ?

Cette publication reprend une analyse initialement partagée par Mirmi sur LinkedIn.

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