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MirmiMémoire décisionnelle
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Analyse Mirmi

Le futur des legaltechs sera-t-il dominé par quelques géants ?

Alex HAYEM

L’IA juridique est entrée dans une phase d’hyperconcentration du capital.

Harvey a été valorisé 11 milliards de dollars après une nouvelle levée de 200 millions. Legora a levé 550 millions de dollars sur une valorisation de 5,55 milliards, avant d’annoncer avoir dépassé les 100 millions de dollars de revenus annuels récurrents moins de dix-huit mois après son lancement commercial. Au premier semestre 2026, les legaltechs auraient levé 2,1 milliards de dollars dans le monde.

Face à ces montants, la conclusion semble évidente : le marché finira entre les mains de quelques plateformes mondiales capables d’investir davantage dans le produit, la sécurité, la distribution et les modèles.

Dans l’article des Échos du 17 juillet, un associé de cabinet prédit d’ailleurs que le marché se concentrera autour de trois acteurs. Le dirigeant de Legora va encore plus loin en estimant que 90 % des entreprises d’IA pourraient disparaître.

Cette concentration est probable.

Mais la domination totale l’est beaucoup moins.

Les géants disposent d’avantages considérables

Une grande plateforme peut amortir ses investissements sur des milliers de clients, déployer des équipes commerciales dans plusieurs pays et répondre plus facilement aux exigences de sécurité des grands groupes.

Elle peut aussi devenir le point d’entrée quotidien du juriste : recherche, rédaction, analyse, collaboration et agents réunis dans une même interface.

Plus cette interface est utilisée, plus elle devient difficile à remplacer.

Sur les tâches génériques — résumer un document, effectuer une première recherche, produire un brouillon ou comparer deux versions — quelques plateformes pourraient donc concentrer une part importante du marché.

Mais « le droit » n’est pas un seul marché

Le contentieux, les brevets, le droit social, les contrats, la conformité ou la gestion des cabinets ne reposent ni sur les mêmes données, ni sur les mêmes processus, ni sur les mêmes niveaux de risque.

La sélection de Business Insider USA des legaltechs à suivre en 2026 illustre cette fragmentation : certaines simulent des juges et des jurys, d’autres recherchent la connaissance interne, pilotent les brevets, enregistrent le temps facturable, orientent les demandes ou réinventent directement le modèle du cabinet.

Ce n’est pas le portrait d’un marché en train de converger vers un produit unique.

C’est celui d’une industrie en train de créer plusieurs couches technologiques.

Le scénario le plus probable : quelques plateformes, entourées de nombreux spécialistes

Trois à cinq acteurs pourraient contrôler les interfaces généralistes et l’infrastructure principale.

Autour d’eux subsisteront cependant des solutions spécialisées capables d’aller beaucoup plus loin dans un métier, une juridiction, un workflow ou une catégorie de données.

Certaines seront acquises. D’autres deviendront des partenaires. Quelques-unes construiront des positions mondiales sur des marchés de niche.

Les directions juridiques n’auront donc probablement pas à choisir un seul gagnant, mais une architecture :

  • une plateforme généraliste pour les usages courants ;
  • des outils spécialisés pour les processus complexes ;
  • des systèmes de référence pour conserver les données ;
  • une gouvernance commune pour contrôler les décisions.

La vraie question n’est pas de savoir qui sera encore là

Elle est de savoir quelle partie de la chaîne de valeur chaque acteur contrôlera.

Le risque, pour une direction juridique, ne consiste pas seulement à choisir une petite entreprise qui pourrait disparaître.

Il consiste aussi à confier toutes ses données, tous ses workflows et toute son interface de travail à un fournisseur devenu impossible à remplacer.

Le futur des legaltechs sera probablement plus concentré.

Mais il ne sera pas nécessairement monopolisé.

Quelques géants contrôleront peut-être l’accès au travail juridique. Ils ne contrôleront pas seuls toute sa profondeur.

Cette publication reprend une analyse initialement partagée par Mirmi sur LinkedIn.

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